L'utopie comme méthode philosophique

 

Résumé du programme de recherche

Notre projet est d'étudier l'utopie pour découvrir en quoi elle peut être une véritable méthode philosophique. Cette recherche ne se contentera pas d'élaborer de nouvelles interprétations des utopies, mais elle visera à concevoir ce type de fiction, théoriquement et pratiquement, comme un instrument de la philosophie.

Il n'est pas habituel de considérer la philosophie comme un art, un art des concepts sans doute, mais également un art littéraire. Il est pourtant possible de la concevoir et de la pratiquer ainsi. Nombre de philosophes-écrivains, de Montaigne ou Voltaire, à Kierkegaard ou Nietzsche, allaient dans ce sens. Aussi, en faisant de l'utopie le coeur de notre recherche, notre objectif est de réfléchir au lien étroit entre la réflexion philosophique en éthique et en politique et la création littéraire, conjuguant l'essai, la fiction, la description et la narration. La diversité d'aspects rassemblés dans l'unité des utopies invite à une approche innovatrice par les nouveaux moyens d'expression sur ordinateur et internet. En effet, il est possible d'y construire des utopies de pièces diverses, reliées de manière à former chacune un tout cohérent sous la forme d'un réseau littéraire plutôt que d'un fil continu. Ainsi conçue, l'utopie appelle naturellement une création littéraire et philosophique collective, grâce à une répartition du travail de façon à laisser la place à des élaborations partielles particulières et à une certaine inspiration individuelle, ainsi qu'à l'effort collectif d'organisation de l'ensemble. Il s'agit dans l'utopie de construire en imagination une cité idéale. Or on peut transposer dans la fiction la manière d'opérer dans la réalité, où la construction d'une cité est toujours due à un effort collectif, exigeant des créations individuelles en même temps qu'une coordination de l'ensemble, et c'est ainsi que nous procèderons.

Contrairement à l'idée que l'utopie s'allie au totalitarisme, celle-ci peut inviter à la critique et à la création dans le domaine de la pensée. Cette ouverture de l'utopie est sensible et réfléchie notamment dans deux utopies du vingtième siècle qui serviront de référence à notre étude, Le jeu des Perles de Verre, de Hermann Hesse, et La Québécie, de Francine Lachance. Notre projet lui-même prendra la forme d'une entreprise collective, grâce à la collaboration de deux groupes : L'Atelier des Arts Philosophiques à l'université Laval, et l'Antenne de Recherche sur les Discours Philosophiques à l'université de Mons, dirigée par Mme Anne Staquet.

La réflexion théorique sur la méthode utopique en philosophie se fera dans une démarche expérimentale, à travers des essais d'élaboration d'éléments d'une utopie pour aujourd'hui, dans laquelle des voies s'ouvriraient pour résoudre les problèmes non seulement politiques, mais moraux et culturels qui apparaissent toujours plus évidemment à mesure que notre civilisation entre d'avantage en crise sur divers plans. Il s'agit donc d'utiliser la fiction pour découvrir de nouveaux principes, non encore présents dans notre environnement intellectuel.

L'intérêt d'une telle recherche est multiple. Entre autres, elle apporte de nouveaux moyens à la pensée philosophique ; par l'usage de la fiction, elle contribue à libérer la réflexion politique et morale de ses blocages ; elle aide à ranimer le goût des idéaux jugé généralement presque éteint dans notre civilisation vieillissante ; elle ouvre l'espace imaginaire qu'une conception idéologique de l'utopie avait refermé. Ses enjeux concernent les philosophes, les spécialistes des sciences humaines, comme le politicien et le citoyen.


Gilbert Boss

Québec, 2012


Présentation plus détaillée du programme de recherche