Séminaire : L’action de la philosophie (PHI-64596)

LES PUISSANCES DU DISCOURS PHILOSOPHIQUE

But du cours

La conception la plus courante du rapport de la pensée à son expression prend la forme d’une histoire en deux étapes : d’abord on réfléchit, en sa tête ou son esprit, et ensuite on traduit ses pensées dans le langage. Le discours est cette traduction qui permet au lecteur ou à l’auditeur de reconstituer les pensées de l’auteur. Une telle explication rend bien compte, assez grossièrement, de la plupart des discours académiques. Mais les philosophes eux-mêmes font bien autre chose dans leurs discours, tout particulièrement lorsqu’ils attribuent à la philosophie une certaine efficacité pratique, morale ou politique. Il s’agit alors non pas de transmettre certaines connaissances, mais de modifier la manière même de percevoir et d’agir de ceux auxquels on s’adresse. Dans ces conditions, le discours philosophique ne doit donc pas avoir comme seule puissance celle de transmettre des connaissances, mais il doit mettre en jeu également d’autres puissances, moins étudiées, de transformer le monde de ses destinataires. Dans un précédent séminaire, nous avions étudié les problèmes que pose la philosophie entendue comme impliquant une transformation de soi. Maintenant, nous aborderons ce genre de problèmes, non plus à partir du point de vue de celui qui se modifie, mais à partir de celui des possibilités d’opérer cette modification par le discours, considéré comme l’instrument premier du philosophe dans sa tentative d’action sur le monde. Ce problème, bien des philosophes se le sont posé, même si on n’y est pas souvent très attentif. On le voit abordé par Platon, Épicure, Sextus, Sénèque ou Marc-Aurèle, par Montaigne, Descartes, Hobbes, Spinoza, Hume, Kierkegaard, Nietzsche ou Wittgenstein, parmi d’autres. Nous pourrons amorcer nos réflexions à partir des manières de poser le problème et des solutions qu’on trouve chez quelques philosophes dans certaines de leurs œuvres typiques à cet égard.

Introduction

Objectifs

Connaissances: matière des textes retenus.

Habiletés intellectuelles: capacité de participer à la discussion, d'entrer dans la problématique et de contribuer à l’invention philosophique.

Contenu

La matière exacte du cours dépendra entre autres des textes retenus, dont la liste exacte sera discutée et choisie au premier cours, mais davantage encore du mouvement de notre recherche.

Formule pédagogique

Séminaire de recherche, fondé sur l'intervention active des participants dans la discussion et sa préparation. Atelier philosophique, consacré à l’exercice concret de la philosophie sous diverses formes et impliquant donc l’activité des participants. Le séminaire jouira de la collaboration de l’Atelier des Arts Philosophiques.

Lectures obligatoires

  • Wittgenstein, Recherches philosophiques (Philosophical Investigations, Philosophische Untersuchungen)
  • Kierkegaard, Miettes philosophiques
  • Montaigne, Essais, Livre 1

Suggestions de lectures complémentaires

  • Nietzsche, Zarathoustra
  • Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
  • G. Bataille, L'expérience intérieure
  • J.L. Austin, How to do Things with Words
  • G. Boss, Introduction aux techniques de la philosophie; Analyse de l'idée de justice
  • G. Boss, Jeux de concepts
  • G. Boss, La philosophie, le livre et l'ordinateur

On pourra également lire les introductions aux autres séminaires de cette série, sur philosophie et pratique, et plus particulièrement celles qui introduisent aux séminaires sur l'action de la philosophie : sur la pensée et l'acte et sur l'éthique et la transformation de soi.

Mode et critères d'évaluation

La participation en classe (exposés et contribution à la discussion) et un examen oral contribueront chacun pour moitié à la note finale. Pour l'oral, chaque participant se concentrera sur l'un des livres étudiés et sur l’un des aspects de la recherche.